30 avril 2007
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DISPOSITIFS SCOLAIRES
Tu es enseignant ? Tu cherches des informations pour animer un projet artistique ou culturel dans ta classe ? Artistik Productions te donne quelques pistes pour t'aider dans ta démarche.

De la primaire au lycée, les possibilités qui s'offrent à toi pour monter un projet artistique.
Jacques DOILLON entre dans les dispositifs Ecoles et Collèges au Cinéma
Jacques DOILLON, cinéaste de renom a accepté la revisite de son oeuvre, suivant le critère de l'âge de ses héros, pour mettre en évidence son travail unique avec les enfants, les non professionnels et les acteurs.
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29 avril 2007
Les films de Jacques DOILLON
Jacques DOILLON,
Ecoles et Collèges au Cinéma
Son film "Le Premier venu"
"Voyage à Tokyo" par Serge Toubiana
Prix_spécial_Jean_Vigo à Jacques_Doillon_
Jacques DOILLON entre dans les dispositifs Ecoles et Collèges au Cinéma.
Jacques DOILLON, cinéaste de renom a accepté la revisite de son oeuvre, suivant le critère de l'âge de ses héros, pour mettre en évidence son travail unique avec les enfants, les non professionnels et les acteurs.
Cela a donné lieu à deux coffrets DVD diffusés par l'A.D.A.V. (téléphone : 01.43.49.10.02.) :
- Enfance 4 - 11 ans :
Un sac de billes
Ponette
La drôlesse
La vie de famille
- Enfance de 12 à 18 ans :
Petits frères
Le jeune Werther
Le petit criminel
La fille de 15 ans
Les doigts dans la tête
Les bonus ont été réalisés par Jacques DOILLON, montés par Nathalie HUBERT, édités par MK2 et Alain BERGALA au C.N.D.P. Ils sont signés pour l'Education Nationale par Christine JUPPE LEBLOND. Le distributeur en salle de cinéma est Philippe CHEVASSU (téléphone 01.43.59.01.01.) de Connaissance du Cinéma.
Les enfants peuvent ainsi découvrir les films en salle
et les étudier en classe avec les DVD.
Ponette a été choisie pour Ecole et Cinéma. Pour Collège au Cinéma, ont été retenu Le petit criminel (dossier n°45) ainsi que Petits frères (dossier n°135).
Des ateliers en classe et des conférences
Le service pédagogique de la Cinémathèque Française (Nathalie BOURGEOIS et Vincent DEVILLE), a consacré un week end entier à Jacques DOILLON, animé par Alain BERGALA, en plus de l'Intégrale qui lui a été consacrée en octobre.
Pour plus d'informations :
Site de la Cinémathèque Française
Le département pédagogique du Forum des Images (Frédéric LAVIGNE et Elise TESSARECH), a consacré à Jacques DOILLON, un atelier durant toute l'année scolaire sur son travail, dans le cadre de l'enseignement de l'écriture critique dans les collèges, animé par Marie-Anne GUERIN (de la Revue Trafic et Vertigo) en partenariat avec les Cahiers du Cinéma (Jean Michel FRODON et Ludovic LAMENT).
Les rencontres ont été intenses et beaucoup ont découvert "la méthode" de travail de Jacques DOILLON, qui est unique à ce jour.
Les éditions de l'Ecole des Loisirs, qui travaillent avec les professeurs de français de collèges et de lycées, ont décidé à l'occasion de la sortie du nouveau film de Jacques DOILLON, de publier les scénarios dialogués, accompagnés de documents de travail concernant Le petit criminel, Le jeune Werther et Les doigts dans la tête.
Témoignage de Nathalie HUBERT, chef monteuse et collaboratrice de Jacques DOILLON
Afin que les enfants puissent comprendre comment se fabrique un film, comment il se fabrique,s'imagine dans la tête d'un homme, comment il le pense, et le réalise. Tous les métiers du cinéma y seront évoqués, et surtout, celui des enfants acteurs ... A l'école, le jeu d'acteur est souvent associé au théâtre. Mais aucun enfant, à cet âge, ne rêve d'être acteur de théâtre, ils veulent être acteurs de Cinéma.
Ils pourront donc, avec le texte, lire et rejouer les scènes des films. lls pourront trouver un moyen de s'exprimer de jouer "un autre", qui par le choix des films et l'âge des comédiens, est souvent un peu eux. Ils aiment se retrouver dans des gens de leur âge qui les comprennent, les regardent, et les écoutent.
De plus, pour les plus grands, concernant "Le jeune Werther", dont le sujet est un suicide dans un collège, il est plus facile de parler autour d'un film, que de parler de soi. Ca peut aider beaucoup de jeunes un peu perdu. Et ouvrir le dialogue, l'expérience l'a déjà prouvé !
Ca sert aussi à ça, les films, car c'est une idée essentielle dans le cinéma de Jacques DOILLON que le personnage de ses films aille mieux. Il y a toujours un avant et un après le film. La résolution du problème du personnage principal trouve toujours une issue vers le haut. Il n'abandonne jamais personne. Le héros s'en sort toujours. "Le petit criminel" se rebattit une famille et retrouve un équilibre, en trouvant une structure. La petite de "Petits frères" est placée en foyer, ce qui lui permet d'échapper aux attouchements de son beau-père ...
Je sais que les enseignants décident maintenant de ce qui se passera durant l'année scolaire à venir, c'est le moment de le commuiquer au plus grand nombre, car il est sûr que Jacques DOILLON va assurer la promotion de son nouveau film "le premier venu" avec Gérard THOMASSIN, et c'est toujours une chance pour les enseignants, les classes et les créateurs, de pouvoir se rencontrer. C'est un vrai plus.
En projet
Le CNDP Eden-Cinéma qui a co-édité Ponette, va éditer un DVD concernant "le travail de l'acteur", avec un documentaire de Jeanne CREPEAU, à propos du travail de Jacques DOILLON avec sa petite actrice de 4 ans. Le film est entièrement fait à partir des petites cassettes vidéo, qui ont enregistrées les prises pendant le tournage du film en 35 mm. La version courte a été présentée aux Rencontres Nationales d'Ecole et Cinéma à Amiens cet automne, et à la Cinémathèque Française en avant première. Le film est maintenant fini dans sa versin définitive et sortira en salle au Quebec (7 copies de films) tellement ce travail fait déjà école. Le CNDP va consacrer une grande place à Ponette sur leur site.
La région de la Drôme (via Maud DUCARRE, le Lux (ex CRAC), la Scène Nationale de Valence) va consacrer un espace aux ateliers "Lettres à Ponette" (télécharges le Projet_pédagogique), ateliers où les enfants se filmeront lisant les lettres qu'ils auront écrites à Ponette. Le premier tournage commence en avril, en Normandie, en école élémentaire. Un autre tournage est déjà prévu en grande section maternelle en région parisienne. Chaque travail constituera un petit film DVD, dont certains extraits seront diffusés sur le site de Valence, afin que les enfants puissent voir leur travail reconnu.
"Se battre pour le cinéma que l'on aime, c'est aussi se battre pour qu'il puisse continuer d'exister, et surtout de se faire. Ce qui, aujourd'hui, relève du courage"
Nathalie HUBERT
DOCUMENTS PEDAGOGIQUES
Nous mettons à votre disposition "Jacques DOILLON - La drôlesse", pour en obtenir un exemplaire, merci de nous contacter
Le Premier Venu
« LE PREMIER VENU »
un film de Jacques DOILLON
Liaison Cinématographique est heureuse de vous annoncer la sortie en salles ce mercredi 2 avril du film :
« LE PREMIER VENU »
réalisé par Jacques DOILLON
avec Clémentine BEAUGRAND, Gérald THOMASSIN et Guillaume SAURREL.
" Finesse, Intelligence, Elégance. " Télérama
" Du cinéma terriblement vivant ! " Studio
" Un film subtil et délicieusement cruel qui rappelle le talent et la singularité de son auteur. " Le Point
" Un véritable plaisir à ne pas bouder. " MCinéma
" Des jeunes acteurs pleins d'amour et de générosité, comme cette histoire, tout simplement... " JT France 2
A Paris dans les salles : UGC Ciné Cité Les Halles, Gaumont Opéra, MK2 Quai de Seine, MK2 Hautefeuille, 7 Parnassiens, Escurial Panorama et dans les principales villes de France...
Jacques Doillon is back
Posté dans Cinéma le 18.03.2008 par Serge TOUBIANA
Quand ça va mal, lorsque le moral est bas, que tout ce qui provient du monde extérieur est sinistre ou médiocre, rien de mieux qu'un film, un beau film, pour vous remettre d'aplomb. Le nouveau DOILLON, Le premier venu a des vertus incroyables, une sorte d'effet vitamine qui fait que tout d'un coup, le cinéma redevient un territoire magique, enfantin, fascinant, à vif. Des bons films, le cinéma (y compris français) n'en manque pas. Mais des films comme celui-ci sont rares. Très rares. Avec sa fragilité, sa fugacité, son
caractère impulsif et vagabond, Le premier venu a tout du film hors normes, non prévu par le logiciel du cinéma français actuel. Il est vrai que DOILLON, ces dernières années, s'est fait rare. J'avais beaucoup aimé son film précédent : Raja (2003). L'avant-dernier aussi : Carrément à l'Ouest (2000). Sauf que, de décennie en décennie, DOILLON tourne moins. Mauvais signe, mauvais indicateur du cinéma français. Quelques chiffres.
Années 80 : Doillon tourne 9 films - entre La Fille prodigue (1980) et La Vengeance d'une femme (1989). Années 90 : 7 films entre Le Petit criminel (1990) et Petits frères (1998). Années 2000 : 3 films à ce jour, Carrément à l'Ouest, Raja et Le premier venu.
Quelque chose, le système comme on dit, la machine à financer, à fabriquer, à diffuser des films, ne le considère plus en odeur de sainteté. DOILLON est carrément contraint de faire la manche pour réaliser ses films. Mais, étant fier et valeureux, il se met de côté. Mange de la vache enragée en attendant des jours meilleurs. Au moment où la Cinémathèque française lui rendait hommage, en octobre 2006, je le voyais ruminant sa solitude, ayant beaucoup de peine à entrouvrir les portes d'interlocuteurs obligés : décideurs des chaînes de télévision, producteurs ou distributeurs. Le cinéma français a tort de passer à côté d'un cinéaste de cette trempe. Et puis, le miracle a eu lieu : DOILLON a réussi à faire son film avec des bouts de
ficelle. Mais ces ficelles sont si élégantes, et le récit s'entremêle de manière si envoûtante, que le spectateur n'y verra que du feu. Comme on dit qu'il y a des gens dépourvus mais dignes, Le premier venu est à mes yeux un film pauvre où tout est grâce.
Ce qu'il y a de magnifique c'est justement l¹impulsion, le désir, la vitesse, le langage, avec lesquels une poignée de personnages jouent leur vie, leur destin, leur va-tout. Et nous entrainent avec eux. Comme souvent dans ses films, DOILLON opère une combinaison bizarre entre le mouvement et le langage, le cinéma et le théâtre, imposant avec douceur et fermeté une mise en scène physique sur un territoire donné, un bout de lande où se joue une espèce de tête-à-queue entre quatre personnages, jeunes, deux hommes et
deux filles, dans un chassé-croisé aventureux. Jeux de piste et sortie de piste. Il faut voir la délectation avec laquelle DOILLON, grâce à une mise en scène tout en rythme, change d¹aire, pour suivre au gré de leurs impulsions ses personnages. DEBUSSY, qui égrène quelques notes d'un prélude, une Sérénade interrompue, à chaque changement de journée, a trouvé là son complice.
DOILLON a le talent, le génie de dénicher de nouveaux acteurs. Clémentine BEAUGRAND, qui joue pour la première fois au cinéma (Camille dans le film) ne ressemble à aucun personnage féminin du cinéma français actuel. Plus vraie, un peu garçon manqué. Elle débarque (d'un train venu de Paris qui la dépose nulle part, au Crotois dans la Somme), déboule dans le paysage, mal attifée, à peine coiffée. Au fil des scènes, Camille devient irrésistible, indispensable, habitant le film de ses silences, de sa démarche, de son mystère. Celui à qui elle se colle, ne voulant pour rien au monde le lâcher, pour le sauver de ses propres pulsions négatives et, ce faisant, pour se sauver elle-même ou se donner une raison de vivre, ce « premier venu » donc, n'est autre que Gérald THOMASSIN, dont les connaisseurs du cinéma de DOILLON se souviennent pour l'avoir découvert il y près de vingt ans dans un très beau film : Le Petit criminel. Gérald THOMASSIN (Costa dans le film) est une pile électrique, un acteur monté comme un ressort, une boule de nerfs, un être à vif. Il est exceptionnellement rare de voir un acteur français jouer comme le fait THOMASSIN. Enfantin et magnifique : un être désespéré, un petit caïd jouant chaque scène avec une intensité physique digne des plus grands acteurs américains. Costa revient chez lui sans le sou ; il n'a plus vu sa petite fille depuis trois ans. Vagabond, hors-la-loi. Le film va servir d'expérience, de mise à l'épreuve de ces deux jeunes gens, dans une relation où l'amour se mêle à la compassion, l'attirance au rejet.
Comme toujours chez DOILLON, pour être deux il faut être trois. L'autre, le voyeur, l'analyseur ou le catalyseur, qu'importe, est un jeune flic, Cyril (Guillaume SAURREL). Ami d'enfance de Costa. Mais lui a bien tourné si l'on peut dire. Se joue alors une sorte de comédie de jeux de rôles, avec permutation, équivoque, sentiments, recherche d¹une harmonie impossible et pourtant à portée de main.
Hier, lors de la projection en avant-première à la Cinémathèque, le public riait souvent. Car le film de DOILLON est drôle, nerveux, intact dans sa visée romanesque. Allez-y, dès sa sortie le 2 avril. Vous m'en direz des nouvelles.
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Commentaire
Antoni COLLOT a écrit le 19.03.2008
Qui nous dira la troublante et triangulaire histoire de ces images-là ? Ah ! du moins aucun spectateur n'a pu se vanter d'avoir dompté ce récit ; ils se sont réjouis pleinement ; le film s'est offert lui-même : ils se sont repus, ils se sont livrés aux magiques regards qui déchaînent, ceux de Clémentine BEAUGRAND et de Gérald THOMASSIN. Que peut-il raconter celui qui a vu hier les rivages du Premier venu ? Ces yeux nourris dans les dunes, les chambres d¹hôtels, ces voix ardentes qui pourraient brûler la langue ? À 20h15, le 17 mars 2008, les regards, les voix, les fauteuils carmin, enfin tout ce qui pouvait faire face à l'écran blanc troué de petites valves, comme une peau, pour respirer, avait été mis au large. Le film commença, fit comme un sursaut de joie, et engloutit en un instant, dans la langue rare de Jacques, les spectateurs ravis, enlevés et élevés au-dessus de leurs fauteuils carmin, pris dans le tourbillon-DOILLON. Sortis, ébaubis de joie-cinéma, le premier spectateur se demanda pourquoi il avait dû attendre cinq ans pour revivre ce cinéma-joie-là.
28 avril 2007
Le récit de Serge TOUBIANA
VOYAGE A TOKYO
En compagnie de Jacques DOILLON
"Cinq jours à Tokyo. En compagnie de Jacques Doillon. Pour y montrer treize films français, dont le dernier film du réalisateur : Le premier venu (voir mon blog du 18 mars 2008). Cette programmation intitulée « Trésors cachés du cinéma français » s'est faite au fil des semaines, avec M. Shiguéhiko Hasumi. Professeur de lettres, il a longtemps enseigné la littérature française du XIXe siècle à l'Université de Tokyo dont il fut le doyen, ses auteurs favoris étant Flaubert et Mallarmé ; critique de cinéma, cinéphile très pointu, auteur d'un ouvrage sur Ozu paru aux éditions des Cahiers du cinéma. La règle du jeu avait été fixée par The Asahi Shimbun, le grand quotidien japonais (plusieurs millions de lecteurs quotidiens !), organisateur de cette manifestation conçue à l'occasion du cent-cinquantième anniversaire des relations entre la France et le Japon. Donc : 13 films français. Ni un de moins ni un de plus. Tous inédits au Japon. Un seul film par auteur. Telle étaient les contraintes posées par l¹Asahi Shimbun. Après une longue partie de ping-pong avec M. Hasumi, notre choix s'arrêta sur : De Mayerling à Sarajevo de Max Ophuls (1939), Remorques de Jean Grémillon (1941), Dernier atout de Jacques Becker (1942), Les Anges du péché de Robert Bresson (1943), Donne-moi tes yeux de Sacha Guitry (1943), Les Dernières vacances de Roger Leenhardt (1947), Le Silence de la mer de Jean-Pierre Melville (1947), La Traversée de Paris de Claude Autant-Lara (1956), Le Boucher de Claude Chabrol (1969), Un jeu brutal de Jean-Caude Brisseau (1983), Police de Maurice Pialat (1985), Triple agent d'Eric Rohmer (2003), et Le premier venu de Doillon (2008).
En parallèle, l'Institut franco-japonais de Tokyo organisait une rétrospective de films de Doillon. Doillon est connu au Japon, même si ses derniers films n'ont pas fait l'objet d'une distribution. Le cinéma français connaît quelques difficultés sur le marché japonais. Cela nous a été confirmé par tous les distributeurs rencontrés sur place. Entre autres par mon ami Hayao Shibata, qui distribua pendant des années les films de Godard, Rivette, Rohmer, Angelopoulos, Wenders, Jarmusch et autres valeurs sûres de la cinéphilie. Ponette est le dernier film de Doillon distribué au Japon : gros succès, les cinéphiles en parlent encore. On trouve d'ailleurs le film en DVD, ainsi que La Pirate. C'est d'ailleurs avec La Pirate que nous avons inauguré notre périple à Tokyo. Le film était projeté jeudi 4 septembre à l'Institut franco-japonais.
Abi Sakamoto, en charge de la programmation au sein de l'Institut, m'a demandé de dire quelques mots à propos de Doillon et de son cinéma, et de ce film en particulier. Un souvenir me revient : 1984, je faisais partie du comité de sélection des films français pour le Festival de Cannes. Je m'étais battu pour que La Pirate soit en compétition officielle. Cela occasionna quelques polémiques, le film reçut un accueil mitigé. Doillon en garde le souvenir d'avoir été refusé, comme d'autres cinéastes qu'il aime ou admire (Bresson, Eustaches). Après la projection, un dialogue très vivant mené par Yoichi Umemoto (qui enseigne le cinéma à l'université, ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma-Japon), entre Doillon et une jeune cinéaste dont on nous a dit beaucoup de bien : Nami Iguchi. Elle a réalisé deux films dont elle nous a offert les DVD. Son deuxième film a pour titre : Sex is No Laughing Matter (d'après un roman de Naocola Yamazaki, qui a connu un grand succès au Japon), un film très défendu par M. Hasumi et par Yoichi Umemoto. Notre séjour à Tokyo commençait bien. Le lendemain, vendredi 5, nous étions dans la grande salle de l'Asahi Hall, dans un building-Centre commercial situé à Ginza, un des quartiers de Tokyo. Le premier venu inaugurait le cycle des « Trésors cachés du cinéma français ». 500 personnes assistèrent à la projection. Très bon accueil. Doillon signa des autographes à des spectateurs, et surtout spectatrices d¹une très grande gentillesse. Le lendemain il donnait une master class à Eigabigakko, une école de cinéma que dirigent deux cinéphiles : Kenzo Horikoshi et Masamichi Matsumoto.
Doillon répondait aux questions très affûtées d'un cinéaste japonais, Akihiko Shiota, admirateur de son oeuvre. Je vous livre quelques notes prises au cours : de cette leçon de cinéma, prononcée d'une voix douce par notre ami Jacques Doillon, dont les propos étaient traduits au fur et à mesure par l'excellente Miss Yuko, la meilleure interprète japonaise l'avis est unanime. Les personnages : ne pas en savoir plus sur eux. Ne pas être comme un marionnettiste qui les manipulerait ; s'approcher d'eux autant qu'eux s'approchent de moi (le cinéaste). A propos de L'Amoureuse : il y avait un scénario, mais dès le début du tournage, se rend compte qu'il était nul. Fait appel à Jean-François Goyet ; récrit deux scènes par jour, glissées le soir sous la porte des acteurs. Aucune indication scénique. Ne pas savoir comment ça va se tourner. « Je ne sais pas grand-chose, je ne vois rien, j'écoute un peu aux portes ». Tentative de dialogue entre des personnes que j'apprends à connaître. Le premier venu : c'est l'histoire d'un personnage qui en regarde un autre. Le film est l'histoire de ce regard. « Ce n'est pas un cinéma de l'évitement : ça se frotte par tous les côtés. On ne se sert pas du regard comme on se sert du langage et du corps, pour exprimer ses sentiments.
Comme au billard : il y a trois boules, on en envoie une, et on espère qu'elles vont se toucher un peu. Il faudrait enseigner le billard dans les écoles de cinéma. ». Pour Doillon, le grand jeu a lieu pendant le tournage ; ce plaisir commence, et c'est davantage qu'un plaisir. Le choix des acteurs demande du temps. Ce n'est pas parce que la scène est écrite que l'on sait quelque chose. C¹est durant le tournage que la scène trouve sa forme. Faire bouger les acteurs sur le tournage : trop de choses passent par les dialogues. Faire du cinéma c'est tenter une petite chorégraphie avec ces corps d'acteurs. Dans Le premier venu, Costa (Gérald Thomassin) ne tient pas en place. L'enjeu consiste à l'accompagner dans sa manière de ne pas tenir en place. Quand je vais au cinéma je suis frappé de voir que les acteurs/personnages sont toujours déjà en place.J'ai été élevé dans les années cinquante et soixante dans l'amour du cinéma américain : celui de la profondeur de champ (il cite L'Héritière de William Wyler). Aujourd'hui on fait le point sur le personnage central, les autres sont dans le flou. Mais j'ai parfois envie de regarder celui qui est dans le flou. Question posée à Doillon sur l'importance du costume, par exemple celui du personnage du policier dans Le premier venu (Guillaume Saurrel). Réponse : Il faut d'abord que ce soit une personne, dans un second temps un policier. Si c'est d'emblée un policier, il n'y a pas de film. Pourquoi tourner dans la chronologie ? Sinon les films ne sont que l'exécution de leur scénario.
L'intérêt c'est que cela laisse la possibilité à un personnage de bouger. Importance de filmer musicalement. Le plan séquence. Problème : comment raccorder entre la prise 14 et la prise 17, quand on a laissé les acteurs à tel niveau d'intensité dans l'une, et qu'il faut « raccorder » avec un autre moment dans la prise suivante ? Problème de montage. Mais pas seulement. Répéter avec les acteurs, faire un grand nombre de prises : le saisir entre la fatigue et l'épuisement. Il en faut des prises. On ne refait pas la prise, on en fait une nouvelle. En moyenne dans mes films : entre 15 et 20. A un moment, ils savent quoi faire et quoi dire, à partir de là on peut faire quelques bonnes prises, même si on n'est pas là pour faire des bonnes prises, mais pour faire beaucoup mieux. Notre métier c'est d'aller chercher du côté de l'invisible. Et Doillon termina en posant cette question pertinente : pourquoi n'y a-t-il pas de jeunes acteurs (et actrices) dans les écoles de cinéma ?
Le dimanche 7 septembre, la salle de l'Asahi Hall était archi pleine (700 personnes) pour assister à un débat auquel j'étais convié par M. Hasumi, suivi d¹une conversation entre Shinji Aoyama (auteur entre autres de Eureka en 2000) et Jacques Doillon. Après avoir exposé les raisons et les choix de cette programmation des « trésors cachés du cinéma français », j'écoutais avec curiosité le dialogue entre Doillon et Aoyama, traduit par Miss Yuko. Les propos d'Aoyama furent d¹une rare intensité, lorsqu'il déclara que sa génération (il est né en 1964) avait été influencée par trois cinéastes français : Eustache, Garrel et Doillon. « Ils nous ont appris ce qu'était le cinéma. Le modèle c'était la France, la génération de Jacques Doillon. Faire des films à petit budget représentait une alternative dans le cinéma. Faire un film comme Ponette, avec une fillette de quatre ans : c'est un film que nous n'aurions jamais pu faire ni imiter : un miracle ! ». A entendre leur dialogue, on se dit qu¹il est toujours utile, nécessaire et ô combien agréable de voyager avec des films. On ne sait jamais, il y a peut-être dans la salle, à Tokyo ou ailleurs, un cinéphile en herbe, futur cinéaste, qui en fera son miel. Cela donnait en tout cas tout son sens à cette programmation de la Cinémathèque française à Tokyo.
Merci à M. Takashi Matsuura et à l'Asahi Shimbun ; à M. Shiguéhiko Hasumi ; à Abi Sakamoto, Michi, et l'Institut franco-japonais de Tokyo ; à Lucie Bréthomé et à l'Ambassade de France au Japon ; au Ministère des Affaires étrangères ; à Valérie-Anne Christen, directrice du bureau Unifrance à Tokyo, et à tous nos amis Japonais sans qui cette manifestation n'aurait pu être possible. Salut à Mme Tomoyo de La jetée. A Nobuhiro Suwa, membre fondateur du "Club des ultra marginaux". Avec le soutien d'Agnès b., de Cinefil Inc., du Club Tourisme International Inc, Air France, Japan Community Cinema Center, Pia Corp., Pandora et au Centre Culturel français Athénée. Enfin à Emilie Cauquy, chef du service de la diffusion culturelle au sein de la Cinémathèque française, qui fut du voyage et manifesta un enthousiasme communicatif (elle parle déjà le japonais !).
















